Réflexion du président sur les pensionnats autochtones et les écoles résidentielles

Chers membres du RAR,

Il y a tant à faire…*

Aujourd’hui, je suis devant une montagne et j’ignore le chemin à prendre pour monter vers le sommet. Peut-être est-ce parce que ce n’est pas le sommet que je dois atteindre, mais la base que je dois retrouver ? Je ne pense pas être seul sur le chemin, mais je suis aveuglé par l’ampleur de la tâche, par la quantité d’énergie à déployer et par les défis qui attendent…

Aujourd’hui je vois comment « l’archiviste religieuse et religieux » peut se retrouver du jour au lendemain sur le devant de la scène, sous les projecteurs, un micro sous le nez, alors qu’elle ou il était bien occupé quelques instants plus tôt à dresser son inventaire, recevoir ses chercheurs, décrire ses fonds de photographies …

Il faut marcher, il y a tant à faire

Il faut rouler, m’acharner

Cent fois tourner …

Je fais allusion à la triste découverte des restes de 215 enfants autochtones dans le diocèse de Kamloops et qui bouleverse notre actualité. Ne pas en parler me semble difficile et reviendrait à jouer à l’autruche. Sous le coup de l’émotion, difficile de ne pas en vouloir aux anciens et leurs jeux mélangeant politique et religion, rédigeant des textes d’autorité et qui ont conspirés à affaiblir (voir faire disparaître) la présence autochtone dans l’histoire du Canada, toutes provinces confondues. Difficile de ne pas en vouloir aux mauvaises intentions qui ont guidé des personnes en qui ont voyaient l’image du Christ et porteuses d’un message de Paix, d’Amour et de Pardon. Que pouvons-nous faire devant cette masse de peine, cette montagne angoissante faite de pleurs, d’oubli et de mépris ?

Il y a tant à faire

Et ce n’est pas ridicule

C’est comme si c’était facile

S’immiscer dans la lumière

D’une longue nuit de l’hiver

Il faut aller vers le sommet de cette montagne pour mesurer l’ampleur des dégâts, voir l’horizon aussi et la fin des tempêtes. De là-haut, peut-être nous apercevrons des îlots de paix où règne la vérité et la réconciliation. Cette marche vers le sommet ne sera pas de tout repos. Il ne sera pas plus facile d’opter pour le chemin qui nous mène à la base. Car ce retour en arrière, retour aux sources, produira lui aussi son lot d’histoires à exposer, de décisions à remettre en question et de réponses à donner à celles et ceux qui sont en droit de savoir ce qui s’est passé.

La vaste majorité des congrégations au Québec et ailleurs au Canada ont entrepris courageusement et depuis longtemps d’affronter leur passé moins glorieux. De gré ou de force, des actions ont été prises pour exposer les douleurs et les coupables. Des gestes ont été posés afin de demander pardon, pour tourner la page et de nouveau se projeter vers l’avant, là où il y a tant à faire aussi. Nous ne pouvons qu’espérer que l’apprentissage que nous faisons depuis quelques semaines sur l’histoire des pensionnats autochtones nous servira d’outil pour accomplir notre rôle d’archiviste religieuse et religieux : conserver les documents, fournir des outils de recherche professionnels et accessibles, donner accès à l’information pertinente pour mieux comprendre le passé, faire la démonstration encore et toujours que les archives ne sont pas des vieux papiers fragiles et poussiéreux, mais les traces des actions et pensées de nos ancêtres présentées dans ce qu’elles ont de plus noble mais aussi, parfois, de plus déplorable.

Il y a tant à faire – nous sommes nombreuses et nombreux à en avoir bien conscience. Nos collègues du Catholic Archivists Group ont bien résumé l’état d’esprit qui règne dans certaines communautés au prise avec le lourd passé des pensionnats autochtones. Je me fais libre traducteur de leur déclaration, issue de la plume de leur présidente Mme Veronica Steinberg, partagée le 9 juin 2021.

Nous savons que la réaction des médias et du public envers l’Église catholique romaine et les archives catholiques peut être accablante en ce moment et a un impact très personnel et direct sur certains d’entre vous. Nous prions pour vous tous. Nous voulons que vous vous souveniez que votre travail en tant qu’archiviste est inestimable dans le processus de vérité et de réconciliation. Nous savons que beaucoup d’entre vous ont fourni des documents à la CVR (Commission Vérité et réconciliation) il y a quelques années et nous voulons que vous sachiez que votre contribution est appréciée. Nous sommes à vos côtés alors que nous poursuivons tous l’importante recherche de la vérité et de la justice dans les archives catholiques.

Les archives sont merveilleuses ou détestables, voilà bien une réalité particulière avec laquelle nous devons composer. Nous faisons face à l’adversité en ce moment mais nous pouvons espérer que de cette marche difficile sortiront peut-être une plus grande fraternité envers l’Autre, une compassion pour toutes les personnes victimes d’abus et une soif de justice qui conduira à être attentif à l’histoire, surtout celle que l’on ne raconte pas.

David Bureau, président

Regroupement des archivistes religieux

* Extraits des paroles de la chanson Il y a tant à faire par Daniel Bélanger, 2016.

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